MOMBASAEn plein midi, une chaleur torride écrase les rues sous sa chape de plomb. Au cœur de la vieille ville, le rythme de coups de marteau des artisans bat la mesure du temps. A intervalles réguliers, les appels à la prière du muezzin secouent la torpeur tropicale et précipitent les gens dans les venelles. Le reste de la journée, le silence n'est guère entamé que par les murmures des conversations transpirant au travers des portes ouvragées ou les odeurs épicées s'élevant au-dessus des toits. Le soir venu, la nuit salvatrice s'abat, tiède et lumineuse, baignée par la lune et le ressac du vent dans les palmes.
Fruit d'un passé cosmopolite, la ville est un creuset de culture où cohabitent toutes les minorités du pays. Aujourd'hui moderne - C'est à Mombasa que se trouve le second aéroport international du Kenya -, la ville n'en a pas moins conservée un caractère désinvolte. A cheval sur l'Equateur, elle sait prendre les choses à la mesure de leur importance. Porte su l'océan Indien, ses plages de sable blanc et ses cocotiers invitent à la relaxation.
Emblème moderne de Mombasa, l'arche double qui enjambe Moi Avenue fut érigée en 1956 à l'occasion de la visite d'un membre de la famille royale anglaise. Originellement en bois, les quatre énormes défenses - symbole de la richesse passée de la ville - furent, devant leur succès, ultérieurement coulées en métal. L'office de Tourisme se trouve à proximité immédiate. Vous pouvez en outre jeter un coup d'œil à la fontaine Uhuru ("de la liberté"), dont la forme évoque celle du continent africain.
Devant vous, Moi Avenue devient Nkrumah Road et atteint le rivage à la hauteur de Fort Jésus. Dominant la vieille ville comme le port, le bâtiment en corail massif fut érigé par les Portugais en 1593. Son architecte, un italien nommé Giovanni Battista Cairato, le conçut de telle manière que chaque parcelle de ses murs puisse être défendue depuis l'un ou l'autre des bastions angulaires à l'étrange géométrie. Malgré cela, le fort présumé inexpugnable changea de mains… neuf fois! Dès 1631, il tomba entre celles des Arabes. Repris l'année suivante - l'hégémonie lusitanienne était alors écrasante - il fut reperdu en 1698 au profit du sultanat d'Oman, au terme d'un siège de 33 mois! A cette occasion, l'arsenal fut le théâtre d'un acte vainement héroïque: un officier portugais ayant confié aux vainqueurs que la poudrière contenait un trésor, il y conduisit les soldats ennemis et fit sauter la place. Lors d'un dernier effort militaire dans la région, le Portugal en déclin réinvestit la forteresse en 1728, pour la perdre définitivement quelques mois plus tard.
Le fort, vaillant malgré ses 400 ans, n'a pratiquement pas changé de configuration depuis ses origines. Pendant l'occupation omani, seule la chapelle fut transformée en mosquée. Mais les armes et les inscriptions portugaises demeurent et sont encore visibles de nos jours. Vous pourrez également voir la caserne, les salles de garde, les logements des prêtres et du gouverneur, la poudrière reconstruite et le puits central. Les pièces d'artillerie dans la cour sont des canons de bord britanniques de la fin du XVIIIe siècle. Vous serez sans doute amusé de découvrir, griffonné sur un mur, un cœur percé d'une flèche fixé pour l'éternité par la flamme d'un marin portugais du XVIIe siècle. Devenu musée en 1958, Fort Jésus possède en outre une collection d'objets hétéroclites mais intéressants glanés sur les sites archéologiques de la côte et sur l'épave du Santo Antonio de Tanna, un galion coulé pendant le siège de 1697. MOMBASA : LA VIEILLE VILLEJuste au nord du fort, à l'aplomb du vieux port où s'ancrent encore parfois quelques boutres usés par les voyages, la vieille ville étale son réseau de ruelles emberlificotées. Labyrinthe à l'apparence inextricable pour le non-initié, ses venelles tortueuses permettent par endroit tout juste le passage d'un homme. Bien que la plupart des maisons datent du siècle dernier seulement, ça et là vous en verrez quelques-unes dont les portes sculptées, typiquement swahilies, remontent à des temps plus anciens. Les balcons de fer forgé, eux aussi, méritent le coup d'œil: reflétant la nécessité coranique de dissimuler les femmes aux regards étrangers, ils font assaut de treillages finement travaillés. Les ruelles les mieux conservées sont celles de Samburu et de Ndikun.
Aux alentours de Government Square, la place principale de la cité - et de la plus ancienne mosquée de Mombasa, Mandhry Mosque (1570), vous pourrez observer des artisans travaillant le cuivre et le bois.
L'étroit passage de Leven Steps conduit au vieux port proprement dit. Quelques vieux gréements y flottent généralement, leurs voiles latines ondulant sous la brise. Les rares boutres qui s'aventurent encore jusqu'au golfe Persique au printemps reviennent avec la mousson de la fin de l'automne. Peut-être amenés d'Orient par l'un de ces infatigables navires, les parfums de la boutique indienne de Leven Steps viennent d'Arabie ou du Cachemire. Vous ne pouvez pas la rater: une immense jarre à vin portugaise la signale de loin. Un peu plus au nord et moins connu, le carénage ("careening yard"), réservé aux dhows, est accessible à pied à marée basse.
En dehors de la vieille ville, visitez les temples hindous. Celui de Haile Selassie Road est doté d'une porte colorée; celui proche de Nkrumah Road se reconnaît à son dôme. Le temple de Jain, sur Salim Road, à la façade blanche exubérante, est plus récent. Il est situé quasiment contre le marché de MacKinnon, richement achalandé et tout près des boutiques à épices du haut de Langoni Road. Un pâté de maisons plus au nord, Biashara Street est l'endroit où acheter kangas ou kikois, ces tissus de cotonnade imprimés, agréables à porter en paréos.
A la sortie nord de la ville, vous pourrez voir les sculpteurs sur bois wakamba au travail. Il s'agit en réalité d'une coopérative qui dispose d'un magasin de vente sur place. Plus loin, sur la route de Malindi, il est agréable de se promener au Bamburi Nature Trail, un parc recréé de toutes pièces à proximité de la ville où s'ébattent en toute liberté élands du Cap, oryx, buffles et nombreux oiseaux. Finalement, à peu de distance de là (à Nyali), Mamba Village est une gigantesque ferme d'élevage de crocodiles. LES PLAGESAttraction numéro deux du Kenya après le safari, la côte de l'océan Indien est l'endroit idéal pour se reposer quelques jours. Les plages, toutes de corail blanc et généralement bordées de cocoteraies, sont protégées par une barrière empêchant requins et grosses vagues de les atteindre. En toute saison, les eaux turquoise sont chaudes et la plongée fantastique.
En quittant Mombasa par le ferry de Likoni, vous retrouvez le continent sur la côte méridionale. Sur une quarantaine de kilomètres, plusieurs plages se succèdent: Shelley Beach d'abord, puis Tiwi Beach. A marée basse, vous pourrez y marcher jusqu'à la barrière de corail. Depuis Sand Island, un îlot sableux effleurant la surface des eaux, la plongée est particulièrement bonne. Un simple masque vous assure un spectacle de première catégorie. A peine plus loin, Diani Beach est la plus belle et la plus connue des plages de la côte sud. C'est aussi la plus développée. Bordée par la forêt, elle compte de nombreux hôtels, dont la plupart sont esthétiquement intégrés au paysage. On peut louer dans la plupart le matériel nécessaire à la découverte des fonds sous-marins. Tout au nord, la mosquée de Kongo (XVe siècle) mérite une visite. A l'opposé, l'extrémité méridionale de Diani est la plus authentique. Dans l'après-midi, vous y verrez les pêcheurs rentrer à bord de leurs ngalawas - des pirogues à balanciers - ou sur de simples barques ballottées par la houle. Petits requins, barracudas et langoustes sont les prises les plus communes.
Les eaux toutes proches du canal de Mozambique sont parmi les plus riches du monde. Les aficionados de pêche au gros peuvent d'ailleurs s'essayer à l'espadon depuis le célèbre Pemba Channel Fishing Club (de la mi-août à la mi-avril), situé en direction de la frontière tanzanienne. Pour changer des délices de la mer, gagnez la petite réserve de Shimba Hills, dans l'intérieur des terres. C'est l'unique territoire kenyan de l'hippotrague noir, une magnifique antilope aux cornes en forme de cimeterre. Depuis le Shimba Hills Lodge, perché dans les arbres, vous verrez aussi éléphants et peut-être même quelque léopard venu s'abreuver au point d'eau.
Il faut prendre le Nyali Bridge pour se rendre aux plages disséminées au nord de Mombasa. La plus proche, Nyali, est ourlée de cocotiers, tout comme sa voisine, Mombasa Beach, l'une des plus belles de la côte septentrionale. Au-delà se trouvent Kenyatta-Bamburi Beach et Shanzu Beach, à la pente plus accentuée (permettant donc la baignade à marée haute). Vers le nord, vous atteignez Mtwapa Creek où sont situées les ruines de la petite ville arabe de Jumba La Mtwana. Bien préservées et généreusement ombragées, il est agréable de s'y promener. Au sud de Malindi, les mystérieuses ruines de la ville arabe de Gedi, abandonnée il y a 300 ans, méritent également une visite.
Plus au nord, d'autres plages s'étalent à l'ombre des palmiers: Kikambala, Vipingo, Takaungu (moins développées) et Malindi (plus développée). Cependant, il convient de préciser que les plages du sud sont les plus agréables, celles du nord étant régulièrement envahies par des quantités impressionnantes d'algues marines. NAIROBIIl y a un siècle, Nairobi n'existait pas. Aujourd'hui capitale moderne et affairée du pays, à la croisée de toute l'Afrique Orientale, elle compte plus de deux millions et demi d'habitants. A l'origine simple point d'eau utilisé épisodiquement par les Masaïs, la ville s'est développée à une vitesse sans précédent.
Le site fut originellement choisi en 1896 comme camp de base pour la construction de la ligne de chemin de fer devant relier la côte de l'océan Indien au lac Victoria ("the lunatic line", la ligne folle comme elle fut surnommée en son temps). A mi-distance de Mombasa et de l'Ouganda, au pied des hauts plateaux centraux et occidentaux, Nairobi était idéalement située. Son secret: le climat. Là où Mombasa baigne dans une chaleur humide et malsaine, Nairobi, à 1657 m d'altitude, connaît un air salubre et des températures agréables.
Dès 1899, le train atteint ce qui n'est encore qu'un grand camp de toile. Tout reste à faire. Dans l'euphorie de la conquête des riches terres de l'Ouest - les Allemands s'y intéressent également -, les Anglais débarquent en force. Trente-deux mille manœuvres hindous - à l'origine de la nombreuse communauté d'aujourd'hui - travaillent sans relâche à l'avancée de la voie. La cité prend forme: autour d'un noyau en dur, le bazar s'étend à une allure inégalée. Dès 1901, quelques voitures roulent le long de ses rues de terre battue. En 1906, son avenir est définitivement scellé: elle devient la capitale du protectorat anglais en Afrique de l'Est.
Ville attentivement planifiée dès ses origines, Nairobi en a gardé une apparence volontaire, un peu roide. Cosmopolites, internationaux plus qu'africains, son centre compact aux buildings élancés et ses banlieues tentaculaires partagées entre quartiers chic (Westlands, Langata) et moins chic (Banana Hills) évoquent n'importe quelle grande métropole mondiale. Pôle d'attraction majeur du Kenya, Nairobi - à l'instar du pays en général - voit sa population augmenter de manière constante; ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes. L'immobilier est en expansion ininterrompue et les nouveaux bâtiments champignonnent. Pratique, la ville offre d'innombrables services.
Il serait faux de penser de Nairobi qu'elle est sans saveur. Graduellement africanisée depuis l'indépendance, du marché aux étals des petits vendeurs, elle impose son caractère aux multiples facettes. A sa porte, la faune s'ébat dans le Parc National de Nairobi et les plantations de thé s'accrochent aux premières pentes des hauts plateaux. Intéressante avant un départ en safari - ou simplement reposante au retour -, Nairobi est une étape incontournable de votre voyage au Kenya. NAIROBI : LE CENTRE VILLELe centre ville proprement dit, dominé par les gratte-ciel compris entre Uhuru Highway à l'ouest, Haile Selassie Avenue au sud, Moi Avenue à l'est et University Way au nord est le véritable cœur de la cité. Tous les magasins, représentations commerciales, bureaux, restaurants et la majorité des grands hôtels s'y trouvent concentrés.
Pièce principale de l'ensemble, point de repère indubitable, le Kenyatta Conference Center cylindrique surplombe City Square. Il est flanqué d'un impressionnant amphithéâtre en forme de diamant évoquant une hutte africaine. Du 28e étage (entrée libre mais pourboire attendu), la vue sur Nairobi s'étend vers l'ouest jusqu'aux collines de Ngong, bastion des Anglais du Kenya. Juste à vos pieds, la Cour de Justice néoclassique bâtie au temps de la colonisation ne dépareillerait pas dans la province britannique. De l'autre côté se trouvent les bâtiments du Parlement. Si vous êtes curieux de voir la démocratie à l'africaine à l'œuvre, vous pouvez obtenir l'autorisation d'assister aux séances. Au-delà s'étendent Central et Uhuru Parks, poumons de la ville (ne vous y promenez pas le soir). Face au Hilton, sur Moi Avenue, vous pouvez visiter les Archives nationales. Vous y trouverez une intéressante collection ethnographique et même une galerie d'art.
L'endroit à ne pas rater, si vous vous intéressez à l'ethnologie, est le Musée national, situé à un kilomètre et demi de la ville (prenez un taxi). Vous y verrez des expositions d'artisanat local et tribal, ainsi qu'une attrayante exhibition consacrée à la culture swahilie. Ne manquez pas la section anthropologique: le musée y conserve les ossements humains qui situent au Kenya (et dans la vallée du Rift, plus généralement), le berceau de l'humanité. Même si les dernières découvertes remontent à plus ou moins 4 millions d'années, la plus célèbre s'appelle 1470 - son numéro d'inventaire: vieux de 2,5 millions d'années, c'est le premier crâne d'Homo habilis a avoir été retrouvé. Déterré au début des années 70 sur les rives du lac Turkana, il avait permis de repousser au-delà du million d'années l'origine de l'homme.
Enfin, le musée possède un important département paléontologique, exposant restes d'animaux préhistoriques et espèces actuelles, naturalisées; la collection ornithologique est la plus conséquente. Voisin du musée, le vivarium (Snake Park) possède une centaine de reptiles différents. Il est intéressant d'assister à la "traite" des serpents pour leur venin (en général le mercredi).
En retournant en ville, arrêtez-vous au luxueux Norfolk Hotel sur Harry-Thuku Road, un vestige des temps coloniaux. Construit en 1904, c'était le haut lieu de la jet-society britannique. Encore très populaire, on y vient prendre le thé, accompagné d'un zeste de nostalgie.
Dans la même catégorie, mais dans le centre cette fois, le New Stanley Hotel est une véritable institution. Postérieur de peu au Norfolk, il possède le café le plus couru de Nairobi: le Thorn Tree Café, nommé pour l'acacia planté au milieu du patio lors de sa construction.
Finalement, pour un clin d'œil à l'histoire, passez voir au Railway Museum (sur Station Road, proche de la gare) les wagons de l'ancienne "lunatic line". Vous y verrez même celui de Charles Ryall, chasseur de fauves dévoré vivant à Tsavo par un lion en 1897. En embuscade dans le wagon, Ryall commit l'erreur de s'endormir. Plus généralement, le musée est une bonne introduction à l'histoire coloniale du Kenya. LES ENVIRONS DE NAIROBIAux portes mêmes de la ville, tout près de l'aéroport, le Parc National de Nairobi est pour le visiteur l'une des meilleures introductions au pays, idéal à parcourir avant de partir en safari. Symbole de la densité de sa faune, lorsque les liaisons aériennes, dans les années de l'immédiat après-guerre, étaient encore effectuées par de petits avions, ceux-ci étaient systématiquement obligés d'effectuer plusieurs passages au-dessus de la piste pour éloigner antilopes et girafes égarées.
Le parc de Nairobi est le plus ancien du pays. Créé en 1945 dans une zone de savane sèche entrecoupée de vallées ombragées, il abrite la majeure partie des espèces animales présentes au Kenya: gazelles, zèbres, girafes, buffles sont partout; lions, léopards et guépards fréquentent aussi les lieux dans de moindres mesures. Vous verrez peut-être des rhinocéros, transférés ici pour plus de sûreté. C'est même l'un des meilleurs endroits du Kenya pour les observer: ils sont plus faciles à protéger à proximité immédiate de la ville et y ont donc été regroupés en nombre important. Au sud-est de la réserve, vous pourrez vous promener à travers une forêt d'acacias et essayer de repérer hippopotames et crocodiles se chauffant sur les rives de l'Athi River. A l'époque des migrations - septembre particulièrement - les troupeaux de gnous finissent par atteindre le parc dans leur quête d'herbe fraîche. Seul les éléphants sont absents. Pas de réflexe de fuite, tous les animaux sont si habitués aux touristes qu'ils ne bougent même plus, assurant des photos faciles et réussies. Près de l'entrée du parc, évitez l'Animal Orphanage, qui tient plus du zoo improvisé que d'un centre de secours.
Au-delà du parc national, en direction de Langata, The Bomas of Kenya est un centre culturel gouvernemental, vitrine des différentes cultures du pays. Vous pourrez y voir danses et chants de 16 ethnies. Les plus intéressants sont ceux des Samburus, des Wakambas et des Mjikendas. Le centre propose aussi des démonstrations d'artisanat et possède sa propre boutique. Les représentations ont lieu en semaine à 14 h 30 et le week-end à 15 h 30.
Toujours à Langata, le Giraffe Center est une sorte de musée en plein air consacré au ruminant. Non seulement vous pouvez tout apprendre sur elles, mais en plus vous pouvez nourrir les quelques girafes de Rothschild qui s'ébattent en toute liberté dans le parc de Giraffe Manor (une propriété privée de grande élégance, réminiscence du passé colonial). Depuis une plate-forme circulaire située à 3 m du sol, vous tendez à ces géantes des seaux pleins de céréales. Une chance unique d'observer de près leur langue longue de 45 centimètres!
Dans le quartier de Karen, contigu à Langata, vous verrez le musée de Karen Blixen. Il s'agit de la ferme de l'écrivain danoise rendue célèbre par le film Out of Africa. Sa maison est l'archétype de la résidence coloniale du début du siècle et intéressante à ce titre.
Tout près, rendez-vous le week-end aux champs de course de Karen, lieu de prédilection de tous les descendants des colons blancs arrivés avant l'indépendance.
Pour une touche de nostalgie supplémentaire, parcourez les hauteurs de Limuru, plus à l'ouest, en direction de la Vallée du Rift. Plantations de thé et de café soigneusement alignées recouvrent les vallons en d'impressionnants patchworks colorés. Vous pouvez visiter la ferme de Kiambethu (téléphoner avant au 0154-40756), située à Tigoni. Vous assisterez à toutes les étapes de la production du thé, de la cueillette des feuilles au séchage et à l'empaquetage.
Dissimulé dans les collines, le Kentmere's Club est la quintessence du club de colons blancs - un morceau d'Angleterre transporté en pleine Afrique. LES PARCS NATIONAUXDe tous temps, l'histoire locale a été marquée par la présence de la faune. C'est pour l'ivoire surtout que les marchands arabes sont d'abord venus. Puis, avec le XIXe siècle, l'abondance des espèces animales - et des grandes en particulier - a commencé à attirer les amateurs de trophées occidentaux. Theodore Roosevelt et Ernest Hemingway ne sont pas les moins célèbres d'entre eux. Lors de son voyage de 1910, Roosevelt tira à lui seul près de 300 animaux différents - dont 9 lions et 13 rhinocéros. Les colons, eux aussi, chassaient; parfois par nécessité, souvent par goût. Mais, heureusement, d'autres s'inquiétaient de la pérennité des ressources. Dès l'après-guerre, sous l'impulsion de sociétés écologistes, les premiers parcs voyaient le jour.
Le Kenya compte au total 51 parcs et réserves, disséminés à travers le territoire. Leur taille varie de quelques kilomètres carrés à celle de l'Etat d'Israël. Il existe plusieurs réserves marines, mais la grande majorité se trouve à l'intérieur des terres. Dans la pratique, il faut différencier parcs nationaux - administrés à l'échelle nationale - et réserves, qui dépendent des instances locales. Dans un pays où la population augmente à une vitesse alarmante, cette distinction est capitale: les gouvernements locaux peuvent choisir de modifier les frontières comme la taille des réserves. Ainsi, il y a quelques années, le Masaï Mara s'est vu amputé de 10% de sa superficie au bénéfice des bergers et des paysans.
Outre le Masaï Mara, continuation kenyane du célébrissime Serengeti tanzanien, les destinations phare en matière de faune se nomment Amboseli, au pied du Kilimandjaro, Tsavo - l'un des plus grands parcs du monde - et le lac Nakuru aux incroyables escadres de centaines de milliers de flamants roses. Une visite à l'un ou l'autre de ces parcs vous garantit des souvenirs impérissables. Vous aurez maintes occasions d'observer, de photographier ou de filmer la faune. Renseignez-vous sur les bêtes que vous espérez voir mais n'oubliez pas que celles-ci se déplacent, que les conditions climatiques varient et que les disponibilités en matière d'eau et de nourriture sont imprévisibles. Aussi, ne soyez pas déçu si vous ne voyez pas le tableau complet des grands fauves, ou tel animal en particulier. Même si les données de base sont exceptionnelles, il n'y a là aucune garantie possible. Bien entendu, certaines périodes sont plus favorables que d'autres. La saison sèche s'étendant de janvier à mars est généralement considérée comme la meilleure, les animaux se regroupant autour des derniers points d'eau. C'est aussi le moment où vous verrez le plus d'oiseaux sur les lacs de la vallée du Rift. Mais chaque saison a ses avantages: juillet et août vous offrent par exemple la chance d'assister à l'extraordinaire migration des gnous.
D'un point de vue pratique, votre safari (mot swahili signifiant "voyage") peut se dérouler de deux façons. La plus courante est de parcourir la brousse à bord de jeeps ou de minibus à toit ouvrant, permettant de vous approcher parfois très près de la faune. En général, vous quittez le lodge tôt le matin pour un premier game drive (circuit) qui vous conduit jusqu'à l'heure du petit déjeuner, avec un deuxième safari en fin de matinée. L'aube est un moment privilégié pour observer la nature africaine, et plus particulièrement la chasse des grands fauves (lions, léopards). Après une sieste aux heures chaudes, - où les animaux se dissimulent sous le couvert - vous repartez en fin d'après-midi pour un troisième grand tour jusqu'au coucher du soleil.
L'autre option consiste à choisir un lodge surplombant un point d'eau. Nul besoin alors de sillonner la savane: ce sont les bêtes qui viennent à vous. Certains camps disposent même de sonnettes dans les chambres pour vous avertir de la présence d'un troupeau d'éléphants ou de l'arrivée d'un léopard (la nuit). MASAI MARALe Mara, comme l'appellent les résidents, est la plus visitée et peut-être la plus belle réserve de tout le Kenya. Partie intégrante de l'écosystème du Serengeti - séparé en deux par les hasards de la géographie humaine -, la faune y abonde en toutes saisons. La réserve, étendue sur 1510 km2, fait traditionnellement partie du territoire masaï, et ses franges sont constellées de manyatas - les villages des pasteurs.
Savane s'étendant à perte de vue, le Mara est parsemé de poches boisées résiduelles, lointain héritage de l'ancienne forêt qui recouvrait encore avant-guerre la majeure partie de la zone. L'explosion sans précédent de la population des gnous - de 300000 dans les années 50 à plus de 1400000 aujourd'hui - a conduit à un surpâturage, dont la conséquence première a été d'accroître l'étendue des plaines ouvertes. Pour peu que vous visitiez le parc en été, vous pourrez assister à l'étonnante migration qui y conduit en moyenne un demi-million de gnous et près de 200000 zèbres en quête d'herbe fraîche (celle du Serengeti étant épuisée). Dans un second temps, poussés par leurs congénères toujours en mouvement, les premiers animaux arrivés franchissent la rivière Mara. La traversée de ces légions affolées est véritablement spectaculaire. Beaucoup périssent noyés, d'autres enlisés. Leur nombre attire les prédateurs et c'est sans doute l'un des meilleurs moments de l'année pour assister à la chasse des fauves.
Roi de la jungle, le lion l'est aussi du Mara. La réserve est célèbre pour son millier de lions, dont les mâles arborent une crinière foncée très chatoyante. Ils vivent par bandes pouvant atteindre une trentaine d'individus. Indolents tout au long de la journée, c'est au crépuscule ou à l'aube qu'ils s'animent. La chasse est un spectacle unique que vous aurez peut-être la chance d'observer. Contrairement aux idées reçues, les statistiques démontrent la médiocrité de certains prédateurs. Ceux que nous prenons pour les plus doués, lions et léopards par exemple, ratent 80% de leurs chasses. La hyène, 65%. Seuls les lycaons - chiens sauvages - sont véritablement performants. Devenus rares, ces derniers se montrent difficilement. Ils partagent ce privilège avec le léopard, dont la discrétion est légendaire. Vous le repérerez peut-être à sa queue pendant du haut d'une branche - n'oubliez donc pas de lever les yeux de temps à autre. Le guépard, hôte des savanes herbeuses, est lui plus fréquemment vu.
Dans les zones boisées, cherchez les éléphants. Au nombre d'un millier dans le parc, ils se déplacent par groupes atteignant communément une vingtaine de membres. C'est dans les mêmes environs que vous aurez peut-être la chance de voir l'un des 20 rhinocéros du Mara. Les girafes (Masaïs) sont communes, tout comme les buffles; les gazelles sont innombrables: Grant, Thompson, impalas (les plus élancées), dik-diks (les plus légers, 3 kg), topis dont la témérité est légendaire. Quand il surprend un lion à l'affût, il court vers lui, jouant à la sentinelle pour tous les ruminants. Pas très malin, l'ongulé oublie parfois qu'il est sédentaire… et se laisse alors entraîner par les gnous dans leur migration. Une fois arrivé, il reprend ses esprits et fait demi-tour!
A Hippo Pools, sur la rivière Mara, une bande d'hippopotames se partage les eaux peu profondes. On y voit aussi des crocodiles, relativement nombreux. Pour un point de vue exceptionnel (mais onéreux!), prenez place à bord de l'une des montgolfières du parc. Le vol matinal vous fera glisser en douceur au-dessus des grands espaces de la savane, dans un silence inhabituel. AMBOSELILe second parc le plus populaire du Kenya en terme de nombre de visiteurs, Amboseli est unique par le fait qu'il s'étale au pied même du Kilimandjaro. Bien que seuls les contreforts septentrionaux de l'ancien volcan mordent sur le territoire national, sa présence fait indéniablement partie du paysage kenyan.
"Aussi vaste que le monde, grandiose, élevé et incroyablement blanc sous le soleil" écrivait Hemingway dans sa célèbre nouvelle Les Neiges du Kilimandjaro. Point culminant du continent africain (5963 m), la montagne s'étend sur une surface d'environ 80 km sur 50. Elle possède trois pics, dont le plus élevé, rebaptisé Uhuru ("liberté") s'appuie sur le plateau du Kibo.
Les 389 km2 du parc national déroulent une savane aride et poussiéreuse, hérissée par endroits de fragiles bouquets d'acacias. Dans un terrain aussi découvert, la faune est facile à observer. Ici et là, la plaine est entrecoupée de marécages issus de sources souterraines. Ces dernières, en mutation constante, influent de manière déterminante sur la vie du parc: infiltrées depuis peu par des eaux salines, elles modifient l'écosystème, provoquant la mort de certaines espèces végétales. Mais les changements continuels peuvent aussi se révéler bénéfiques: la montée générale de la nappe phréatique attire dorénavant des colonies grandissantes de flamants roses et de pélicans. Vers l'ouest, le parc est délimité par le lac Amboseli, à sec la majeure partie de l'année, créant des mirages saisissants.
Animal emblème d'Amboseli, l'éléphant est partout: on en compte près de deux au kilomètre carré. Cliché, peut-être, mais la vision d'un troupeau déambulant sous l'auréole neigeuse du Kilimandjaro vous laissera un souvenir pour longtemps impérissable. En fin d'après-midi, rendez-vous sur les berges de la rivière Sinet : c'est l'heure de la "douche-party" quotidienne des familles de pachydermes.
A Amboseli, vous verrez aussi girafes, zèbres et peut-être léopards, guépards, buffles et rhinocéros. Les antilopes sont représentées par le koudou aux longues et élégantes cornes en spirale, le gérénuk et l'oryx. Dans les zones marécageuses, vous verrez en outre hippopotames, éléphants et une multitude d'oiseaux. En parcourant le parc, ne vous étonnez pas de voir paître du bétail. Même si le statut de parc national d'Amboseli interdit en principe aux Masaïs de mener leurs animaux aux points d'eau, la réalité est autre. Dans ce territoire touché par la sécheresse, les divergences d'intérêt se font pressantes. Cela vous donnera le loisir d'observer de près les parures ou les lances des guerriers. TSAVOAvec plus de 20000 km2, le Tsavo est le plus grand parc du Kenya; c'est aussi l'un des tout premiers au monde par sa superficie. Il est divisé de fait en deux unités: Tsavo Ouest, plus fréquenté, et Tsavo Est, dont les deux-tiers du territoire sont encore fermés au public. Traversé par la route Nairobi-Mombasa, le parc est très facilement accessible depuis l'une ou l'autre de ces villes.
Tsavo Ouest est le plus intéressant des deux; le plus varié aussi, présentant des types de paysages très divers: plaines s'étendant à l'infini, savane dense, collines rocheuses, forêt humide le long de la Tsavo River. Plus de 60 espèces de mammifères et 500 espèces d'oiseaux y vivent. Votre premier arrêt sera sans doute pour les sources de la Mzima (Mzima Springs): véritable oasis, les deux bassins naturels abritent une colonie d'hippopotames. Vous pourrez surveiller leurs mimiques et peut-être en profiter pour voir quelques crocodiles. Pour un point de vue original, regardez-les barboter par en dessous, dans l'eau cristalline, à travers la paroi vitrée aménagée dans un flanc du réservoir.
Non loin de là, les Roaring Rocks possèdent également une tour d'observation, celle-là portant loin vers l'intérieur du parc. Les rhinocéros, quasiment exterminés par les braconniers dans les années 80, commencent à reconstituer leur population autour du Ngulia Rhino Sanctuary. Ils sont aujourd'hui près de 200 à Tsavo. Les éléphants, eux aussi, sont à nouveau plus nombreux. Leur population avait culminé à la fin des années 60 avec près de 23000 animaux disséminés en larges hordes. On a même parlé, pendant un moment, de regroupements saisonniers atteignant 15000 individus. Descendus au plus bas à 3000 têtes vers 1985, ils sont aujourd'hui sauvés, la majeure partie du braconnage ayant été éliminée.
C'est à Tsavo Est que vous aurez le plus de chances d'en voir de grands troupeaux. Faites la courte ascension de Mudanda Rock - version réduite de l'Ayers Rock australien: de son sommet, vous aurez un point de vue imprenable sur le point d'eau situé dans la direction de l'est. Buffles et éléphants s'y pressent souvent en assez grand nombre. Remarquez la couleur de latérite foncée recouvrant la robe des pachydermes: ils se protègent ainsi de la morsure des insectes comme de celle du soleil. LAC NAKURUPour qui aime les oiseaux - et pour tous les autres aussi - le lac Nakuru offre la plus extraordinaire féerie ailée que l'on puisse imaginer. Paradis des ornithologues, le lac abrite la plus grande colonie de flamants roses du monde. Aux périodes fastes, on a recensé jusqu'à près de 2 millions d'oiseaux massés par groupes de plusieurs milliers sur les eaux peu profondes. Tous les superlatifs ont été utilisés pour décrire l'incroyable spectacle. "Les flamants sont de tous les oiseaux africains ceux qui possèdent les plus riches couleurs, depuis le rose jusqu'à l'écarlate; ils ressemblent à un bouquet de laurier-rose que le vent emporterait" écrivait Karen Blixen dans sa Ferme africaine.
A l'instar des autres lacs de la Vallée du Rift, le Nakuru concentre les eaux de lessivage des cendres volcaniques et la teneur en sodium y est élevée. Mais les flamants s'y nourrissent d'algues et de crevettes adaptées à ces conditions écologiques; leur bec équipé d'un système de pompage et de filtrage leur permet d'ingurgiter la soupe alcaline sans danger. Les variations climatiques, en modifiant la salinité, provoquent tantôt l'afflux, tantôt le départ des oiseaux vers d'autres lacs. Plus le niveau des eaux est bas, plus les flamants sont nombreux. C'est donc à la saison sèche que vous en verrez le plus (matin et soir de préférence).
Pour un point de vue unique, montez à Baboon Cliffs, sur la rive occidentale du lac: à vos pieds, la multitude de volatiles se transforme en taches roses impressionnistes. C'est généralement vers Hippo Pools au nord et Pelican Point au sud-ouest que se pressent les plus grands groupes de flamants. Descendez de votre véhicule et marchez vers eux - attention, le terrain est meuble. Vous entendrez le murmure grossissant des grognements et des battements d'ailes. Pour peu que vous approchiez un peu trop, c'est la panique: la surface des eaux mousse, les ailes saumonées battent lourdement l'air et les escadrilles décollent dans un panache de couleur. Vers le milieu du lac, les pélicans blancs ratissent en troupes ordonnées les eaux un peu plus profondes. En différents quartiers, vous verrez cormorans, cigognes (en hiver), marabouts, grèbes, ibis, hérons et peut-être même aigles-pêcheurs. Plus de 400 espèces d'oiseaux ont été recensées.
Créé en 1961, le parc national a depuis lors été agrandi et couvre aujourd'hui près de 200 km2. Il accueille ainsi, depuis quelques années, la plus grande concentration de rhinocéros du Kenya, rassemblés ici par mesure de protection. Vous en verrez sans doute dans la partie sud du parc. C'est une chance peu commune lorsque l'on sait qu'ils ne sont guère plus de 500 dans tout le pays. Vous verrez aussi sûrement les girafes de Rothschild, parmi les animaux les plus rares d'Afrique: elles se distinguent de leurs congénères par une deuxième pair de cornes et le fait qu'elles portent des "chaussettes blanches" au-dessous du genou. Buffles et kobs defassa sont très nombreux, tout comme les phacochères que vous verrez se déplacer par bandes. Avec beaucoup de bonheur, vous apercevrez peut-être l'un des léopards du parc ou un lion. |